L’Addiction : est-ce une question de moralité ?

Constater les comportements destructifs d’un addict actif (que ce soit : alcool, drogues illicites, médicaments psychotropes, sexe, jeux d’argent ou nourriture) et les conséquences douloureuses qui en résultent, peut conduire à se demander si les addicts sont des êtres sans morale ou tout bonnement, de mauvaises personnes ?

La morale pour faire simple, se definit comme un choix de se conformer aux règles et normes de comportement social. Ainsi pour qu’un addict soit dépourvu de moralité, cela impliquerait qu’il n’exerce aucun choix sur son comportement.

Autrefois, on pensait que le siège de l’addiction se trouvait dans le cortex frontal du cerveau. C’est là le siège de la volonté, de la rationalité, de la conscience et aussi de la moralité. Avec les énormes progrès effectués en neuroscience et la contribution de braves souris de laboratoire, nous avons découvert que l’addiction, en fait, se situait dans le cerveau central où sont logés les instincts inconscients et involontaires de survie. Les souris se gavent de cocaïne jusqu’à ce que mort s’en suive au détriment de tout instinct de survie. Pourtant, les souris n’ont pas choisi de devenir des addicts. Lorsqu’un addict est anxieux, son cerveau produit du cortisol (hormone du stress) qui bloque la production de dopamine (neurotransmetteur intervenant dans diverses fonctions : comportement, cognition, motivation, récompense, sommeil ou mémorisation). Nous avons tous besoin des fonctions de la dopamine et le dénominateur commun de toutes les drogues ou comportements addictifs est bien de déclencher l’émission de montants importants de dopamine. Quand l’anxiété gagne un addict et que tout plaisir disparaît, il s’en remet au meilleur moyen qu’il connaît pour obtenir rapidement de la dopamine. Le produit ou le comportement devient alors un outil de survie primordial ; c’est ce que nous appellons l’appetance (« craving » en anglais).

Dans un cerveau en bonne santé, le cortex frontal exerce un contrôle vertical sur le cerveau central. A partir du moment où l’anxiété devient massive, ce contrôle s’inverse pour laisser la place au cerveau central qui se focalise alors sur la production de dopamine. C’est à cet instant que l’addict perd sa faculté de choisir. Au cabinet ACTEnow, nous recevons tous les jours des personnes qui ont choisi par-dessus toute autre chose, les produits et/ou comportements addictifs au détriment de leur santé, leur famille, leur travail et leur liberté. Cette situation, aggravée par le déni, renforce l’idée que l’addict ne peut survivre sans consommation des produits et/ou utilisation des comportements et être à la fois conscient des conséquences de leur comportement.

L’addiction est en quelque sorte un dysfonctionnement de la faculté de choisir. Cette perte de choix, fait que l’addiction n’est pas une question de moralité. L’addiction est une maladie du cerveau progressive, incurable et mortelle. C’est pourquoi la Méthode Minnesota de soins et le programme des 12 Etapes sont indispensables. Le traitement par la Méthode Minnesota permet à l’individu de devenir abstinent afin de restaurer les fonctions du cerveau, de casser le déni et de s’engager dans un parcours de rétablissement. Le programme des 12 Etapes offre des outils très pointus pour gérer l’anxiété et redonner au cortex frontal la capacité de choisir. Des millions de personnes se sont rétablies ainsi et l’espoir existe si les professionnels de santé, les familles, les amis et les employeurs peuvent intervenir sur les addicts actifs.